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La grammaire française : ce qui compte, et ce qui peut attendre
Les apprenants se noient dans la grammaire française parce qu'ils la traitent comme si tout y était également urgent. Ce n'est pas le cas. Certaines règles décident si l'on vous comprend ; d'autres révèlent seulement que vous êtes étranger, ce que personne ne vous reproche. Savoir lesquelles fait gagner des années.
L'essentiel
- Trois temps couvrent presque tout ce que vous direz les deux premières années. En apprendre douze tout de suite est de l'effort perdu.
- Le genre compte moins qu'on ne le craint : se tromper s'entend, mais empêche presque jamais de comprendre.
- L'ordre des mots et la négation comptent énormément : mal placés, la phrase cesse de fonctionner.
- Les règles qui coûtent le plus à apprendre sont souvent celles qui coûtent le moins à rater. C'est tout le sujet.
Ce qui bloque la compréhension — à faire en premier
- La négation. Où vont le ne et le pas — et le fait qu'à l'oral le ne disparaît le plus souvent, ce qui explique que les débutants ratent complètement les négations en écoutant.
- La question. Les trois façons de demander, et surtout celle du quotidien, qui n'inverse rien du tout.
- La place des pronoms. Le français met les pronoms compléments devant le verbe. Les mettre derrière, comme en anglais, rend la phrase difficile à suivre.
- Le présent, le futur proche et le passé qui raconte. Avec ces trois-là, on dit presque tout ce qui compte.
Ce qui ne fait que marquer un accent — plus tard
Le genre. Dire le table s'entend tout de suite et ne change rien à ce qui est compris. Il vaut la peine d'apprendre le genre avec chaque mot nouveau, ce qui ne coûte rien, et pas de réviser des listes d'exceptions, ce qui coûte cher.
L'accord du participe passé. Des générations d'écoliers français en ont souffert. Il est presque toujours inaudible. L'écrit et les examens en ont besoin ; une conversation, non.
Le subjonctif. Il effraie les apprenants bien au-delà de son utilité. L'essentiel vit à l'intérieur d'une poignée d'expressions figées, qu'on peut apprendre telles quelles, des années avant d'en étudier la règle.
La règle qui vaut plus que toutes les autres
Apprenez chaque mot avec son article et sa préposition, dès le premier jour. Pas table mais une table. Pas penser mais penser à. Cela ne coûte rien au moment d'apprendre et vous épargne les deux choses qui mettent sinon des années à se réparer : le genre, et les prépositions qu'aucune règle ne prédit.
Un ordre qui tient
Pour un adulte qui commence, cet ordre produit du français utilisable le plus vite :
- le présent des verbes que vous employez vraiment, plus le futur proche ;
- la négation et la question, sans lesquelles on ne tient pas une conversation ;
- le passé qui raconte, puis celui qui décrit ;
- les pronoms et leur place ;
- tout le reste, quand une phrase réelle vous en fait avoir besoin.
La dernière ligne est la plus importante. Une règle apprise parce qu'on en avait besoin ce jour-là reste ; une règle apprise parce que c'était le chapitre suivant, non.
Les examens changent les priorités
Tout ce qui précède est écrit pour quelqu'un qui veut parler. Si vous passez un DELF ou un DALF, l'ordre change : la production écrite est notée, et les accords et registres qu'une conversation pardonne vous y coûteront des points.
La grammaire sert la phrase, pas l'inverse
Les progrès les plus rapides que j'observe viennent d'apprenants qui apportent une phrase qu'ils voulaient dire et n'ont pas su. On répare cette phrase, et la règle arrive attachée à un besoin réel. C'est plus lent à planifier et bien plus rapide à apprendre que de dérouler une grammaire depuis la première page.
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