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Tu ou vous, et les fautes qui font passer pour impoli
On dit à presque tous les apprenants que vous est formel et tu familier, et on les laisse là. La vraie difficulté n'est pas le choix — c'est que la politesse française vit dans des formes verbales et des tournures, si bien qu'une phrase parfaitement correcte peut tomber comme un ordre.
L'essentiel
- Dans le doute, vouvoyez. Être trop formel ne se voit pas ; être trop familier, si.
- Le passage au tu se propose, en général par la personne la plus âgée ou celle qui dirige. On ne le prend pas, on l'accepte.
- La politesse passe par le conditionnel et par la forme interrogative, bien plus que par « s'il vous plaît ».
- Trois habitudes sonnent sec à une oreille française, et les trois viennent d'une traduction directe.
Choisir, en pratique
La règle utilisable est courte : vous à toute personne qu'on ne connaît pas, à toute personne plus âgée, à qui vous sert ou que vous servez, et à tout le monde au travail jusqu'à indication contraire. Tu aux enfants, aux amis, et aux collègues qui l'ont proposé.
L'asymétrie compte : trop formel ne coûte rien, trop familier peut coûter la conversation. Un étranger qui vouvoie tout le monde est simplement poli. Un étranger qui tutoie un commerçant a fait une vraie faute, même si personne ne le dit.
Le passage se propose, il ne se prend pas. L'offre vient en général de la personne la plus âgée ou de celle qui a l'autorité, souvent par une phrase explicite. Tant qu'elle n'est pas venue, restez au vous — y compris avec des gens qui vous tutoient, ce qui arrive et ne vous oblige à rien.
La politesse est dans la structure, pas dans le mot
C'est la partie que presque personne n'explique. En français, la version polie d'une demande n'est pas la même phrase plus « s'il vous plaît » — c'est une autre structure. Le conditionnel transforme une exigence en demande, et poser une question l'adoucit encore. « Je veux » devient « je voudrais » ; « donnez-moi » devient « pourriez-vous me donner ».
Ajouter « s'il vous plaît » à un impératif nu ne le répare pas. « Donnez-moi l'addition, s'il vous plaît » est grammaticalement correct et tombe quand même comme une consigne. C'est la chose la plus utile à corriger tôt, parce qu'elle ne coûte rien à apprendre et qu'elle change la façon dont on vous reçoit dans chaque boutique, bureau et restaurant.
Les trois habitudes qui sonnent sec
- Ne pas saluer d'abord. En France, on dit bonjour avant de dire autre chose — en entrant dans un commerce, en appelant un service, en arrêtant quelqu'un dans la rue. Aller droit à la demande est la faute la plus fréquente et la plus coûteuse d'un étranger, et elle est lue comme de l'impolitesse plutôt que comme une erreur de langue.
- Employer l'impératif nu. Voir plus haut : le conditionnel est là pour ça.
- Terminer un courriel à l'anglaise. Une signature d'un mot passe pour sèche dans une langue qui ferme sur une phrase entière.
Ce que se trompent respectivement russophones et anglophones
Les russophones ont déjà la distinction tu/vous et la transposent presque parfaitement. Leur difficulté est ailleurs : le russe porte la politesse avec moins de mots d'adoucissement, et la traduction directe d'une demande russe parfaitement courtoise peut arriver en français comme abrupte.
Les anglophones ont le problème inverse. L'anglais n'a pas de tu/vous, le choix paraît donc arbitraire et ils prennent celui qu'ils ont entendu en dernier. Ils sous-emploient aussi le conditionnel, parce que la politesse anglaise repose surtout sur « please » et sur l'intonation — dont aucun ne fait le travail en français.
Les codes se détendent, inégalement
Les plus jeunes, les jeunes entreprises et certaines régions tutoient bien plus volontiers que la règle ci-dessus ne le laisse croire, et une administration ou une banque, non. La règle est un choix sûr, pas une loi — et suivre l'usage de l'autre est toujours correct.
La politesse s'apprend en quinze jours
Contrairement à un accent ou à un vocabulaire, cette partie est finie : un réflexe de salutation, le conditionnel pour les demandes, et deux formules de politesse. Quinze jours d'attention, et vous cessez de sonner sec dans une langue où sonner sec ferme des portes sans bruit.
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